Clara Pozniakoff - Critique d’art

 

Dans la vie de chaque artiste, le hasard et les rencontres heureuses jouent souvent un rôle primordial. Ainsi Jacques Chauvenet, qui s'était inscrit en section peinture à l'Ecole des beaux-arts de Reims, s'est-il retrouvé devant une selle de sculpteur, simplement parce que, dans la salle à côté, “il se passait quelque chose”, d'intéressant, de vivant, qui l'a attiré irrésistiblement. Dans cette salle, Léopold Kretz donnait cours, et Jacques Chauvenet a su dès ce moment qu'il consacrerait sa vie à la sculpture, et non à la peinture. Léopold Kretz est devenu son professeur. Jacques Chauvenet fut aussi l'élève de Charles Auffret. Avec pour maîtres ces deux sculpteurs authentiques, dans la lignée et l'esprit d'Auguste Rodin, la filiation était inévitable. Qu'elles soient de petite dimension ou monumentales, ses figures évoquent immanquablement l' éthique et la vision que lui ont communiquées ses maîtres. Ses sculptures, figuratives, gardent tout le charme du naturel et de l'expression vraie, fidèles à la personnalité de chacun de ses modèles qu'il laisse évoluer en toute liberté.Entrons dans son atelier, et d'emblée nous sommes séduits par le calme et l'émotion qui y règnent. Atmosphère de recueillement où, dans le silence de l'argile, du plâtre et du bronze, la sensibilité et l'éloquence de l'artiste nous enveloppent. Emergeant de la matière brute, les personnages s'extirpent avec élégance de leur gangue de terre. Les formes sinueuses, les corps drapés avec pudeur, les poses naturelles et sans afféterie, nous disent tout un monde de sentiments respectueux et de complicités affectueuses. Jacques Chauvenet a choisi de remettre à l'honneur les moulages à pièces, qui donnent à ses bronzes originalité et unicité. Nous sommes loin de ces formes lisses, polies à l'extrême, qui ne gardent pas l'empreinte de leur auteur et restent un peu impersonnelles. Dans les œuvres de cet artiste se devine le travail de moulage, de construction de la figure. Les “coutures” de chaque sculpture en indiquent la fabrication et en sont comme la signature. Signe d'indépendance  qui s'ajoute à ceux de l’expression

 

 

Hommage au père Popieluszko.

 

« Les cérémonies du 17 octobre dernier ont débuté dans les jardins de l’Abbé Derry en présence de nombreux polonais, venus tout spécialement à Issy pour se souvenir. De nombreuses personnalités ont assisté aux côtés d’André Santini à l’inauguration de cette statue. (…) en pied de deux mètres de haut, représentant le jeune vicaire lors de l’une de ces homélies. Une statue que l’on doit à Jacques Chauvenet, sculpteur de notre région  dont les ateliers se trouvent à Joinville. L’œuvre est en bronze, sur un socle de granit gris clair.

Une émouvante cérémonie au cours de laquelle tous ont souhaité à leur manière rendre hommage au jeune prêtre épris de liberté »

Point d’appui, n°243. Novembre 92

 

 

Discours prononcé par André Santini le 19 octobre 2004 au square de l’Abbé Derry

 

«  Le père Jerzy POPIELUSZKO était un défenseur de la démocratie. Pour vous tous ici présents, c’est une évidence. Son combat au quotidien fut celui de la justice considérée comme mère de liberté. (…)

Ainsi, le 17 octobre 1992, la Ville d’Issy les Moulineaux fut la première Ville de France à rendre un hommage à ce martyr polonais en érigeant à sa mémoire, cette statue réalisée par Jacques Chauvenet.

Ses deux poings joints vers le ciel en une vigoureuse prière accrochent toujours l’attention des passants. 

 

Article paru dans le Dauphiné Libéré